Histoire tragique de la passion du théâtre et celle de
ses maladies qui partageront sa vie. Sarah est née le 23 Octobre 1844. FilIe
d'une artiste musicale et de père inconnu. Aucune bonne fée ne se penchera sur
son berceau, elle devra seule affronter son destin de joie et de misère.
On la surnommera Fleur de lait en raison de la
blancheur de son teint.
Une belle carrière s'ouvre devant elle, une star absolue,
éblouissante sur les planches, mais extravagante dans sa vie privée, se
faisant photographier dans un cercueil exposé dans son hôtel particulier.
1870: la guerre éclate entre la France et la Prusse;
Sarah troquera sa robe de scène contre la tenue d'infirmière, elle sera au
chevet des blessés jour et nuit malgré sa santé chancelante.
A la capitulation de l'armée française, elle reprendra
ses robes de comédienne et triomphera dans des dizaines de pièces. Elle sera
l'héroïne de Kean d'Alexandre Dumas et du Passant de François Coppée.
Sarah deviendra le monstre sacré, la grande tragédienne
de cette époque
Mais derrière cette carrière tonitruante où elle jouera
plusieurs dizaines de pièces, charmant par sa présence, son ardeur théâtrale,
ces vers qu'elle déclamait, ces personnages à qui elle donnait une dimension
que nulle comédienne n'avait jamais atteint, se trouvait une femme épuisée
qui quittait la scène de son théâtre sous d'interminables ovations d'un
public en délire. Derrière cette façade d'une tragédienne comblée se
cachait une santé fragile. Dans ces années après l870, la tuberculose faisait
des ravages et Sarah dès l'âge de 9 ans avait les poumons fragiles, ils étaient
son point faible. Elle était sujette à des crises d'étouffement et des
crachements de sang fréquents.
Au fil des ans. sa santé empirera. elle devra partager sa
vie entre son théâtre et sa chambre. Elle dira dans ses mémoires en l879:
"J’étais condamnée par tous les médecins. mais ceux-ci se sont
toujours trompés".
En 1884 de nouveau, la vitalité l'envahissait, sa force de
caractère était immense et son désir de jouir de la vie. extraordinaire. Les
salves d'applaudissements qui ponctuaient sa sortie de scène constituaient une
thérapie sans pareille.
En 1890, Sarah créa une pièce "Le procès de
Jeanne d'Arc" où elle atteindra le sublime dans son rôle de Jeanne la
Pucelle. Son rôle lui imposant de tomber plusieurs fois à genou. elle se
blessera à la jambe droite et devra garder le lit plusieurs mois.
Puis les années se succéderont, apportant leur lot de
souffrance qu'elle supportera courageusement.
Elle continuera à jouer dans son théâtre portée par un
public qui lui restera fidèle.
Elle atteindra le maximum de la gloire alors qu'elle soufre
le martyre.
Le 22 Février 19l5, sa jambe complètement gangrenée
sera amputée. Elle subira cette opération stoïquement sans une plainte.
Désormais. Sarah se déplacera dans une chaise à
porteur qui sera son dernier carrosse. Elle succombera le 26 Mai 1923 à une
crise d'urémie.
Ainsi disparaît la plus grande tragédienne de son époque.
laissant le souvenir d'une femme passionnée par le théâtre à qui elle avait
tout donné.
Lorsque vos pas vous conduiront dans ce square qui
porte son nom. ayez une pensée pour cette actrice de génie dont le souvenir
restera éternel.
(Article rédigé par Marcel COUETUHAN pour l'Echo
des Champs de Novembre 1995)