Nous allons faire connaissance d'un roi qui donna son nom
à l'un de nos grands boulevards. C'est un épisode de la vie de ce roi appelé
le preux chevalier des temps modernes que je vais vous conter.
Donc il était une fois un pays, la Belgique dont César
dit un jour : ''De tous les peuples de la Gaulle, les Belges sont les plus
braves'.
Albert 1er né à Bruxelles en 1875, roi des Belges de 1909
à 1934 dût faire face à l'invasion Allemande de 1914.
Au début de cette guerre, Bruxelles et Anvers seront
pris et l'Armée Belge acculée à la mer.
Pourtant, Albert 1er, cousin de Guillaume II avait adressé
à celui-ci une lettre personnelle pour lui rappeler la parfaite neutralité de
la Belgique en 1870.
Le Roi, qui avait pris le commandement de son armée ne
possédait plus que le 1er régiment de caravaniers, soit 600 hommes auxquels
s'ajoutaient deux régiments de grenadiers qui furent réunis pour former une
limite combattante.
Albert 1er n'en désigna pas moins ce petit fleuve appelé
l'Yser en disant à ses soldats: "nous n irons pas plus loin" et ils
n'allèrent pas plus loin. Le lendemain commençait la terrible bataille de
l'Yser supportée presque seule par la petite armée du roi, cette bataille de
vingt jours qui permettra à un stratège français de dire :
'Le roi Albert ter a fermé la porte du Nord et l'a tenu
fermée. De cette manoeuvre a dépendu le sort de la guerre"
Dans les jours qui suivirent, Albert 1er profitant des
grandes marées d'octobre, fit ouvrir les doubles portes des écluses et l'eau
submergea 25 Km2
de plaine en contrebas de la mer. On recommença l'opération
sur plusieurs digues, la terre saturée s'engorgea rapidement. Bientôt les
Allemands eurent de la boue jusqu'aux chevilles, les voitures s'embourbaient,
plus question pour les fantassins de pouvoir se coucher pour s'abriter du feu
des armes automatiques belges qui faisaient des ravages. La peur tordait les
ventres et l'eau montait toujours.
Le Commandement Allemand, la mort dans l'âme devait donner
le signal de la retraite. L'armée impériale perdait la bataille de l'Yser.
Et durant quatre années, le roi Chevalier ne régnera plus
que sur un lopin de terre séparé de l'ennemi par la lagune artificielle.
Quarante villages qu'Albert 1er refusera d'abandonner et où l'armée Belge se
maintiendra parce qu'il était là, lui, courageux et ferme.
Un jour à Paris, peu après la victoire, comme un orateur
officiel rappelait les heures de 1914 et l'attitude magnifique du roi Chevalier.
Albert se leva et expliqua simplement "nous avons été acculés à l'héroïsme"
Fervent d'alpinisme, le 17 février 1934, le souverain
partait tout au début de l'après-midi pour une excursion aux falaises de
Marche les Dames au bord de la Meuse. Il avait d'abord gravi l'aiguille appelée
l'Inaccessible dont il avait fait maintes fois l'escalade. Redescendu au pied du
rocher, il s'engagea dans la fissure de la Roche du Grand Bon Dieu. C'est
seulement au milieu de la nuit, à la lueur des torches que l'on découvrira le
corps du souverain, le crâne ouvert au pied de la roche.
"J 'aime me mesurer avec le danger. je retrouve dans
la montagne l'équilibre du corps et de l'âme" disait-il.
Lorsque la ville du Havre où le gouvernement belge avait
siégé offrit une épée au souverain, on grava sur la lame cette devise:
Droite. sans tache et sans effroi
j'ai pour ton âme, ton âme Ô roi
L'âme d'Albert ter était bien frappée de pur métal et
droite comme une épée.
(Article rédigé par M. Couetuhan pour l’Echo des
Champs de février 1995)
Une délibération du Conseil Municipal le 27 octobre
1938, décide de donner le nom de Boulevard Albert 1er â une partie de l'ancien
chemin de ronde qui reliait alors la route de Nantes â la rue de Chatillon. A
la suite de l'aménagement de l'actuelle avenue Henri Fréville, le nouveau tronçon
de voie allant de l'extrémité des Chalais, rueYves Noël â la rue de Châtillon,
prend le nom de Bd Albert 1er, en novembre 1972.